blog

30 septembre et 1er octobre 2017 - Maires ruraux de France

 

Le congrès des décalés ?

 

300 maires ruraux se sont réunis les 30 septembre et 1er octobre derniers à Poullan-sur-Mer (1 530 hab., Finistère) pour le congrès de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Bien sûr, quand on les prend séparément, cela ne pèse pas lourd un maire rural. Allez demander à Vanik Berberian, patron de l’AMRF ou à Denis Durand, président des Maires ruraux du Cher et membre du Comité des finances locales,  s’ils croient en leurs chances quand ils réclament une dotation de base, qui soit la même pour une commune rurale, que pour une commune urbaine (1). Quant à Nadine Kersaudy, présidente des Maires ruraux du Finistère qui accueillait le Congrès, pense-t-elle un seul instant que le gouvernement reviendra sur la loi NOTRe, qualifiée de « loi scélérate ». Les maires ruraux sont-ils en effet sérieux, lorsqu’ils demandent à sa suite que l’eau et l’assainissement ne soient plus une compétence obligatoire des communautés de commune et d’agglomération, mais qu’elle redevienne facultative ? Ou même encore, espèrent-ils vraiment que le gouvernement adopte une loi en faveur des communes et de la ruralité ? Et pourtant, c’est exactement ce qu’ils ont demandé à Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, qui avait fait le déplacement pour l’occasion.

 

Leur force, c'est la cohésion

Ils sont comme cela les maires ruraux, village gaulois perpétuellement assiégé, incorrigibles « râleurs ». Un peu comme les commerçants, vous savez… Mais en les observant là, réunis tous ensemble, comme à Poullan-sur-Mer, on sent une force, qui rappelle à tous qu’ils sont tout de même encore 30 123 exactement à être maires de communes de moins de 2 000 habitants (3). Et dans les couloirs, les langues se délient. Ce maire des Vosges vous explique que « la reprise de l’eau et de l’assainissement par son intercommunalité va coûter plusieurs fois plus cher qu’avant, car à la régie va succéder un délégataire ». John Billard, président des Maires ruraux de l’Eure-et-Loir, vous parle avec passion de son projet de version 2 de Campagnol, pour que cela devienne non seulement le portail de chaque commune rurale, mais de tous les services publics des communes.

Leur force, c’est aussi leur cohésion. Le repas festif du samedi soir au restaurant pouvait vous en convaincre. Produits du terroir au menu, mais surtout animations spontanées : ils étaient nombreux à se succéder en poussant la chansonnette ou à faire profiter de leurs talents de conteurs : on entendait du breton bien sûr mais aussi de l’occitan, du basque… et du français. Un maire du Cantal me confiait : « Ah ! Ce n’est pas comme cela à l’Association des maires de France… ». Et puis, à l’hôtel, dimanche matin 7 h 45, pensez-vous qu’ils prenaient tranquillement leur petit déjeuner ? Non, c’était plus une réunion de bureau pour préparer les motions à adopter pour clôturer le congrès.

 

La commune pour rester proche des habitants

Mais pourquoi diable, toute cette énergie ? Parce qu’ils veulent garder la proximité d’avec leurs habitants. Les maires ruraux ne veulent pas qu’on leur enlève leurs communes. D’ailleurs, « La commune, territoire de France », était le thème de leur congrès. Ils savent bien néanmoins, que la mutualisation est incontournable et qu’elle rend des services. Mais ils dénoncent ce qui constitue pour eux une overdose, l’agrandissement des territoires, les conseils communautaires pléthoriques, etc. Les services qu’ils peuvent assurer encore dans leur commune, ils veulent les conserver pour rester proches de leurs administrés. Pour conserver leurs postes, diront les méchantes langues. Si c’était le cas, ces dernières doivent savoir tout de même que ce sont des postes peu coûteux, quand les maires ne décident pas eux-mêmes d’aller en-dessous de l’indemnité maximale (4). Et si la France jacobine, acceptait de s’asseoir un peu avec ces « râleurs » et de « respecter l’une des dispositions de la Conférence nationale des territoires, à savoir le fait de concerter les collectivités sur des mesures qui les concernent au premier chef », comme le demande l’AMRF ? Chiche !

Frédéric Ville

 

(1) La dotation de base, composante principale de la dotation forfaitaire, varie en effet en 2017 de 64,46 euros par habitant pour une commune de moins de 100 habitants à 128,93 euros pour une commune de plus de 500 000 habitants (art. 1234-7 du Code général des collectivités territoriales)

(2) Loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la république.

(3) Source : Insee, recensement de la population, population municipale en vigueur en 2017 (millésimée 2014).

(4) L’indemnité maximale d’une maire est en 2017 de 658 euros pour une commune de moins de 500 habitants, de 1 199 euros pour une commune de 500 à 999 habitants et de 1 664 euros de 1 000 à 3499 habitants